|
Le Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008 démontre des conséquences potentielles du changement climatique ininterrompu sur le développement humain. Le Rapport estime que ce sont les personnes les plus pauvres de la planète les 2,6 milliards de personnes vivants avec moins de deux dollars par jour qui en pâtiront en premier lieu, et que les conséquences du changement climatique peuvent enfermer ces populations dans des cycles de désavantages.
Pourquoi est-il important d'évaluer les conséquences potentielles du changement climatique sur le développement humain ?
Selon la Quatrième évaluation de l'IPPC, la superficie des régions touchées par la sécheresse a probablement augmenté au niveau mondial au cours des 37 dernières années. De même, la fréquence des chutes de pluie de grande envergure s'est accrue au cours des 50 dernières années. En un mot, les sécheresses, inondations et autres manifestations climatiques extrêmes sont devenues plus communes, et, surtout, il est prévu qu'elles augmentent tant en terme de fréquence que d'intensité, avec des conséquences négatives sur les niveaux actuels et futurs du développement humain. Étant donné le fait que les sécheresses et inondations ont des conséquences négatives sur les niveaux de nutrition et d'éducation, les progrès réalisés au niveau des objectifs du Millénaire pour le développement marquent le pas et pourraient même s'inverser dans l'avenir. Pour s'assurer que les politiques appropriées élaborées s'attaquent efficacement aux conséquences du changement climatique, il est important d'avoir une bonne compréhension des différents canaux à travers lesquels ces conséquences vont interagir avec les autres indicateurs de désavantages.
De quelle manière le changement climatique et les chocs liés au climat ont-ils des conséquences négatives sur le développement humain ?
Le changement climatique peut entraîner des revirements au niveau du développement humain : des changements dans le système climatique futur peuvent entraîner de graves implications négatives pour des millions de personnes vivants dans des zones côtières, pour les personnes dépendants de l'agriculture et les populations exposées à des manifestations climatiques extrêmes. Les mécanismes à l'origine de tout cela sont explorés en détail dans le Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008. Parmi ceux-ci, on peut notamment citer le déclin de la productivité agricole, la rareté croissante de l'eau ainsi que l'augmentation de la fréquence et de la gravité des chocs climatiques, en particulier des sécheresses, inondations et cyclones, la dégradation des écosystèmes assurant les moyens d'existence ainsi que l'augmentation des risques sanitaires.
Les sécheresses, inondations et ouragans peuvent avoir des conséquences négatives permanentes sur le développement humain, en particulier pour les pauvres ; ils peuvent enfermer les foyers vulnérables dans des cycles de privation ou dans les pièges d'un développement humain faible, qui peuvent se transmettre d'une génération à une autre.
De quelle manière les chocs liés au climat créent-ils des pièges de faible développement ?
Les catastrophes naturelles font partie de la vie. Pourtant, leurs conséquences sont beaucoup plus graves pour les pauvres, puisque ces derniers vivent très souvent dans des zones sujettes à ces chocs et que leurs moyens d'existence dépendent fortement des conditions climatiques. En outre, il est fréquent que les pauvres n'aient pas accès aux assurances ni aux marchés des crédits qui leur permettraient de faire face aux conséquences immédiates des catastrophes naturelles, ni à la représentation politique qui leur permettrait d'obtenir une meilleure protection et de promouvoir le relèvement.
Les sécheresses, inondations et autres calamités contraignent les populations à prendre des décisions difficiles à court terme. Mais les conséquences de ces décisions peuvent, elles, être subies pendant des années. Le stress subit occasionné par ces chocs limite les opportunités immédiates, ce qui peut aussi avoir des conséquences négatives sur les perspectives futures au niveau du développement humain : les populations sont contraintes de diminuer leurs rations alimentaires, de garder les enfants déscolarisés et de vendre leurs outils productifs et autres biens. Les femmes et les enfants sont souvent les premières victimes de ces choix. Il a été démontré que la malnutrition dans la petite enfance a des conséquences dévastatrices sur la santé future et les résultats scolaires : les filles qui quittent l'école ont des opportunités d'emploi moindre, et les carences éducatives ont des conséquences négatives sur l'éducation et la santé de leurs enfants.
Pour résumer, les chocs à court terme peuvent avoir des conséquences à long terme sur le développement humain et peuvent contribuer à la persistance de la pauvreté et d'un faible niveau de développement humain sur des générations.
Comment mesure-t-on les conséquences négatives des catastrophes liées au climat et quelles en sont les preuves ?
Il existe plusieurs façons de mesurer les conséquences des chocs naturels sur les indicateurs du bien-être, mais la plupart d'entre elles exigent de disposer d'un volume de données important. Pour les besoins du Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008, nous avons utilisé les Enquêtes démographiques et sanitaire - une série d'enquêtes sur les ménages qui permettent de recueillir des informations sur la santé et les mesures anthropométriques - et la Base de données internationales des catastrophes (EM-DAT) une base de données internationale sur les catastrophes qui collecte des informations sur la fréquence et la gravité des catastrophes naturelles.
Grâce à ces deux bases de données, nous avons pu comparer les résultats nutritionnels d'enfants nés dans une région ayant subi un choc avec ceux d'enfants nés au cours de la même année dans des régions non touchées par le choc. Nous avons utilisé un outil économétrique appelé « différence dans la différence ». Cet outil nous a permis de définir les conséquences sur la nutrition qui pourraient être uniquement attribuées au choc. Les résultats montrent que les sécheresses et les inondations peuvent avoir des conséquences importantes sur les enfants : en Ethiopie, les enfants touchés par les sécheresses ont 36% plus de chances de souffrir de malnutrition, ce qui représente 2 millions d'enfants en plus souffrant de malnutrition. Au Kenya, les enfants concernés ont 50% plus de chance de pâtir de malnutrition.
Nous avons également analysé les conséquences à long terme de la sécheresse sur les femmes indiennes nées dans les années 1970. Nous avons identifié les femmes d'Inde qui ont subi les conséquences des sécheresses et des inondations dans leur petite enfance et nous avons comparé leurs résultats scolaires avec ceux des femmes vivant dans des conditions similaires et du même âge mais n'ayant pas été touchées par un choc. Les femmes touchées ont 19% de chances en moins d'entrer un jour à l'école primaire. Pour de plus amples informations sur les méthodes économétriques, voir la note technique 2 du RDH 2007/2008.
D'autres chercheurs ont utilisé des méthodes et des sources de données différentes, mais les résultats sont de nature similaire : salaires moindres au cours de la vie au Zimbabwe (Alderman et autres, 2006), augmentation du risque de malnutrition et de la fréquence du travail des enfants en Amérique centrale (Baez et Santos, 2007), augmentation de la pauvreté monétaire en Ethiopie (Dercon, 2004).
Quelques lectures générales :
1. Alderman, H., J. Hoddinott, et B. Kinsey. 2006. « Conséquences à long terme de la malnutrition des jeunes enfants », documents économiques d'Oxford 58: 450-474. Cliquez ici 2. Baez, Javier et Indhira Santos. 2007. « La vulnérabilité des enfants aux chocs: l'Ouragan Mitch au Nicaragua en tant qu'expérimentation naturelle », document de travail. 3. Dercon, Stefan. 2004. « Croissance et chocs : faits recueillis en Ethiopie rurale », Journal of Development Economics 74:309-329. 4. Dercon, Stefan et John Hoddinott. 2004. « Santé, chocs et persistance de la pauvreté », Chapitre 6 in S. Dercon (ed). Assurance contre la pauvreté, Oxford University Press - UNU Wider. 124-136 5. Fuentes, Ricardo et Papa Seck. 2007. « Les effets à court et long terme des chocs liés au climat sur le développement humain : quelques faits empiriques », étude thématique pour le Rapport sur le développement humain 2007/2008. Cliquez ici 6. Hoddinott, John et Bill Kinsey. 2000. « Santé des adultes en période de sécheresse », document d'analyse de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires. Cliquez ici 7. Maluccio, John, John Hoddinott, Jere Behrman, Reynaldo Martorell, Agnes Quisumbing et Aryeh Stein. 2006. « Impact de la nutrition pendant la petite enfance sur l'éducation chez les adultes guatémaltèques », Département d'économie du Middlebury College, série des documents de travail. Cliquez ici 8. PNUD. 2007. « Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008. La lutte contre le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé » Palgrave McMillan. Cliquez ici
Remarque: Idées sur le DH (HD Insights) sont des contributions des membres du réseau et ne représentent pas nécessairement les opinions du PNUD. |